25 décembre 2013. Sonnez clairons, résonnez trompettes !! Le plus mythique des corsaires de l'espace est de sortie !

Il est grand. Il est beau. Il est ténébreux. Sa balafre, son bandeau sur l'oeil, sa mèche, sa cape... Il transpire la ténébritude et dans la version 2013 plus que jamais. Je me suis précipitée dans les salles obscures à sa sortie. J'y suis retournée à la première occasion. Je crois que je ne pourrais pas m'en lasser...

Pour beaucoup, il est resté un vague souvenir, une réminiscence du passé, une cape flottant au vent de l'espace dans un vaisseau errant dans l'océan spatial. J'espère que pour eux, le film a plu.  

Pour les autres, il est un idéal impitoyable, une quête absolue de liberté, une vie réputée sans attache. Et pourtant... Il aurait été inhumain sans faiblesse. Et des faiblesses, on va lui en trouver. Cette colère qui l'habite, cette honte qui le hante, ce dégoût, cette mélancolie qui le dévore de l'intérieur. Matière noire, bile noire, ah vraiment... Et ce doute qui l'envahit... Parce que, peut-être, oserait-il espérer, se pourrait-il qu'il se trompe ? Parce que ce serait si beau qu'il puisse poursuivre son combat, sa lutte. Le peut-il ? Le doit-il ? Les autres voient de la lumière là où lui ne distingue que ténèbres. De rebelle tourmenté, il est devenu symbole mystique.  

Et puis il y a l'oeuvre initiale, que l'auteur enrichit et modifie à chaque occasion. Leiji Matsumoto s'évertue à tisser une trame entre toutes ses oeuvres. Et tant pis si cela génère des incohérences. Et tant pis si cela crée des anachronismes. Oui ! Tant pis ! On en redemande. Le mythe du Leijiverse s'agrandit toujours plus, à chacune des apparitions de ses personnages. Matsumoto s'est emparé du Flying Dutchman. "Part of the crew ! Part of the ship !!". Voila donc qu'en 2013, Albator passe à la tête d'un vaisseau fantôme. Il faudrait que je vérifie la version de 2002 - Endless Odyssey - mais je ne crois pas qu'il soit fait mention de fantômes avant cela dans l'univers d'Albator. Dans Endless Odyssey, cependant, l'Arcadia va aux confins de l'univers, là où reposent les morts. Mais Albator et son équipage sont bien vivants lorsqu'ils en reviennent. Ou pas ? 

Le film 

**** SPOILER --- VOUS ETES PREVENUS !! *****

En 2013, le Death Shadow est devenu une classe de vaisseau là où - pour moi - c'était le nom d'un seul vaisseau (sic... où on sait pertinemment que le concept de singularité n'existe pas chez Matsumoto). Miime fait partie du package initial. L'Arcadia semble n'être que le résultat de la mutation d'un Death Shadow : Tôchirô en a perdu la paternité. Et son chapeau. Le mystère du 42e passager naitrait de cette même mutation. C'est pas plus mal je pense... Ca évite des explicatifs douteux sur les transferts d'âmes et encore plus les tranferts de corps... Toutefois, si l'Arcadia est le résultat d'une mutation, d'un croisement hideux provoqué par un excès de Matière Noire, alors je ne trouve qu'une seule réponse à cette question : avec quoi, ou avec qui le vaisseau de classe Death Shadow a t-il été croisé ? L'ordinateur se pilote seul. Matsumoto semble nous dire que le crâne qui a surgi à la proue du vaisseau serait le visage, les yeux, de l'ordinateur ?

Tori-san ne pleure plus mais affectionne toujours l'épaule du capitaine. On n'aura pas le loisir de découvrir si Tori-san fréquente d'autres membres de l'équipage, comme lors de ses autres incarnations. Kei est toujours aussi sexy (enfin, plus en fait... mais si on se réfère aux canons de Matsumoto, elle était bien aussi à l'initial) et tout aussi désespérée.

Yattaran par contre est devenu badass là où il n'était qu'un gamin attardé obsédé par ses maquettes... En fait, il y a eu une couche badass bien épaisse sur tous les membres d'équipages. Absence remarquée d'Emeraldas. Je ne peux m'empêcher d'imaginer l'effet push up qu'ils ont appliqué à Kei reporté sur la pirate, mâtiné du zeste de ténébritude qui assombrit le capitaine sans oublier la balafre, les yeux clairs, la cape et la petite barette et... oh vite la suite !! 

Albator était, de son temps (sic) plus généreux. Le pont de l'Arcadia était ouvert à tous du moment qu'ils voulaient bien se battre pour la bannière de la liberté. L'accès à l'Arcadia semble désormais plus sélectif. Bon... d'un autre côté... les candidats 2013 n'auraient jamais été acceptés même avec les anciens critères de toutes façons. Si les capitaines précédents n'avaient rien à se reprocher sinon de n'être pas arrivé à temps pour sauver la situation, celui-ci quant à lui porte une culpabilité que le temps n'a pas pu effacer. Et plus perturbant, le capitaine 2013 est un extrêmiste... Mais bon... A grand pouvoir, grandes responsabilités... Comme dans les versions antérieures, c'est auprès de lui que l'équipage trouve du réconfort.

Dans le camp adverse, il ne reste que des humains. Les mazones (sylvidres) ou les illumidas (humanoïdes) ont laissé la place à une seule assemblée d'hommes (toujours très peu de places pour les femmes dans l'univers de Matsumoto), la Coalition Gaia, qui veut se garder des privilèges là où les autres n'en ont pas... La Coalition Gaia, tellement investie de son pouvoir, tellement habitée par son rôle que ses membres en ont perdu leurs objectifs, leurs âmes. Et Albator, tellement vidé de toute passion, qu'il se rapproche du Comte Mécanique. Albator et la Coalition Gaia... Placés aux deux extrêmités d'une même balance. Liés par le mensonge. Réunis dans le même désespoir. Luttant l'un contre l'autre sur un échiquier dont les autres ne sont que des pions. Finalement, ce sont les humanités des autres, Isora, Yama, Kei, Tôchirô et finalement, Miimé aussi, qui sauveront la mise. 

Où on découvre enfin que l'Arcadia est un vaisseau maudit, habité par un équipage maudit. Les liens entre les différents protagonistes se resserrent puisqu'il est entendu que le capitaine à la barre porte à lui seul la malédiction qui frappe le vaisseau, que sans lui, le vaisseau - et son équipage - n'a plus d'existence, que Miime la Nibelung ne vit et n'existe que pour ce vaisseau - et donc son capitaine - que sans elle, le vaisseau perd son système de propulsion et que sans l'ordinateur de bord, le capitaine n'a plus de raison d'avancer. La malédiction serait une explication à l'éternelle jeunesse du capitaine. Après tout, Matsumoto a une explication pour la longévité de Maetel... il en fallait une pour le corsaire. Ainsi, Matsumoto se laisse la liberté de faire réapparaître son pirate à n'importe quel noeud de son Toki no wa - la boucle du temps. Infiniment. Eternellement.

Merci à l'univers de Tôchirô pour les lithographies de Leiji Matsumoto

Pour lire un autre avis sur Albator, je recommande ce blog, Je me retrouve dans les avis de l'auteur.

Commentaires

Bonjour, merci pour ce joli article. je n'ai plus le contexte de la réalisation bien en tète, mais il me semble que ce film d'animation n'a pas été scénarisé par leiji matsumoto, le mangaka a juste approuvé la chose si je me souviens bien.
Dans ce film à la qualité d'animation haut de gamme, c'est le scénario qui souffre de longueurs. J'ai eu du mal à accrocher cette histoire, je préfère l'arcadia de ma jeunesse.
Ici Harlock a la puissance d'un dieu capable de détruire l'univers, c'est un peu too much, excessif, et ses expressions faciales flanquent les jetons, on dirait un psychopathe.
Le fait qu'il n'y est pas d'enjeux avec une invasion extraterrestre enlève beaucoup de sel à l'histoire.
Par contre le thème de la surpopulation, probleme universel dont personne ne veut parler, et ses conséquences: pollution, guerre, épuisement des ressources, est bien dans son époque.
mais harlock ici me parait trop déshumanisé, et il n'y a pas de sylvidres, ni autres extraterrestres.

Effectivement, pour ce que je sais, c'est l'équipe de production du film qui s'est chargé du scénario, Leiji Matsumoto apportant son tampon à la fin pour valider le projet.

Toutefois, pour la petite histoire, le final du scénario d'origine reposait sur une passation de pouvoirs. Harlock, tellement empli de ténèbres, n'avait plus d'espace en lui pour supporter l'espoir du monde. Il avait atteint ce point de non retour qui ne pouvait que se conclure tragiquement. En se basant sur cette optique, cela peut expliquer la déshumanisation du pirate, son détachement, son insensibilité, sa détermination froide.

Et Yama apporte le sang neuf, la fougue, la vision d'un monde meilleur. Epris de liberté, de vent dans les cheveux, d'horizons radieux, il est ce que le capitaine a été il y a si longtemps.

Le scénario d'origine tuait habilement le capitaine "initial" et le remplaçait par un sosie plus jeune, Yama.

Les nombreuses références répétées à l'envi concernant le pouvoir que Yama possède seul de disposer de la vie de Harlock, promesse tacite que les deux hommes se font pendant le sauvetage sur la planète en perdition

La mission ultime, confiée à Yama, transmise par Harlock dans la scène finale par l'intermédiaire de la télécommande des bombes cosmiques

L'accident malencontreux qui fait perdre à Yama son oeil et Harlock qui en profite pour lui transmettre le bandeau sur l'oeil

Les capacités de commandement sont à peine remises en question par l'équipage quand Yama les libère.

Tori san ne dédaigne pas se poser sur son épaule comme il a coutume de le faire sur l'épaule d'Harlock.

Tout était prêt, il n'y avait plus qu'à.

Mais Leiji Matsumoto a été choqué par cette idée. Choqué que quelqu'un ait pu seulement imaginer que son précieux capitaine puisse disparaitre. Il a opposé un non catégorique et la fin du film a du être modifiée dans la précipitation. De transmission, que nenni. On verra le message, l'ébauche mais pas le final, quand Yama prend seul les commandes de l'Arcadia et que le capitaine, déjà oublié sur son massif fauteuil, s'évanouirait doucement dans un oubli réconfortant.

Bref

Concernant les thèmes de la surpopulation et de l'épuisement des ressources, Matsumoto en parle déjà dans Galaxy Express 999 et dans Harlock également puisque c'est la raison principale qui pousse les Mazones à quitter leur planète mère et à revenir sur Terre. Pour moi, ce sont des thèmes récurrents à l'auteur, traités différemment cette fois ci puisqu'ils sont homo centric cette fois ci. En 2013, je me dis que c'est pas déconnant. Finalement, le message dit qu'on n'a pas besoin d'extra terrestres pour se foutre sur la gueule et tout détruire comme des nuls... C'est en fait encore plus déprimant maintenant qu'on dit que finalement, on est les seuls responsables de ce fiasco.

Enfin, pour le rythme, je ne saurais plus dire si c'est un rythme inhérent au rythme de narration japonaise (je trouve que tous les films japonais souffrent de longueurs, y compris les Ghibli, les Hosoda et autres réalisateurs...)

C'est rigolo que vous trouviez que ce film ait des longueurs alors que Rin Taro est très réputé pour ses films très lents et (presque) contemplatifs... Mais des goûts et des couleurs. J'adore Waga Seishun no Arcadia également qui est un film plus humain et avec un Harlock beaucoup plus fun (mais tragique également).

Dans un raccourci affreux, je dirais que le Harlock 2013 est suicidaire alors que le Harlock de Waga Seishun no Arcadia a bien la haine. Mais les deux n'ont pas le même background et le cinéma n'avait pas le même âge non plus. Du coup, ils sont à leur façon un peu le reflet de leurs publics et de l'état du monde...

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