Mamie boit du thé

Cela fait des années que je bois du thé. En plus, je suis passé du thé jasmin qui est un thé passe partout, à toutes sortes de thés divers et variés. C'est une véritable culture avec un apprentissage et des saveurs à découvrir. Pourtant, il semble qu'il y ait un préjugé qui reste collé à la consommation du thé.

En France, il y a encore quelques années, si vous vous osiez à prendre un thé à la fin d'un dîner au restaurant, vous aviez le Yellow Tea de Lipton, grand classique d'un thé amer et sans véritable saveur. Maintenant, les restaurants ont de plus en plus de choix, même si ce ne sont pas forcément des thés très bon, mais il y a désormais des choix possibles entre les classiques Ceylan, thé vert à la menthe, Darjeeling... Je trouve plus facilement mon bonheur.

En Italie, lorsqu'on m'a proposé un café en fin de repas (parce qu'en Italie, le café à la fin du repas, c'est un rite), j'ai décliné poliment l'offre et j'ai demandé si on ne pouvait pas me servir un thé à la place. La petite dame m'a regardé de travers et a dit "un thé ?" comme si elle prononçait un gros mot... Elle m'a quand même servi un Yellow Tea amoureusement fait avec la rondelle de citron parce qu'elle a cru que ça se servait comme ça. Je ne suis pas fan de la rondelle de citron, mais ce n'est pas désagréable.

Il y a également l'image de l'anglais avec son thé de 5 heures, le nuage de lait et la rondelle de citron. Et le mythique thé russe alors que la Russie, semblerait il, n'a pas de thé.. et enfin, la fameuse cérémonie du thé japonaise à laquelle je n'ai jamais assisté.

Pourtant, malgré sa dimension internationale, le thé reste une boisson marginale. Eh oui, parce que la bière et le café, c'est fort, c'est puissant, c'est mâle, ça a le mérite d'exister et d'être glorifié. Mais le thé ! Le Thé ! Le thé, c'est délicat, ça se boit avec des nuages et des petits napperons brodés, en levant le petit doigt quand on attrappe sa tasse, dans des kimonos en brocart. C'est forcément pour les filles et en conséquence de quoi, cela ne représente aucun intérêt pour les gens les vrais, ceux qui savent, ceux qui décident. En vérité, je ne l'avais jamais vu comme ça. Et je serais resté dans l'ignorance si je n'avais pas vu, dans une étrange coincidence, trois fois dans la même semaine, des remarques étranges sur le thé qui m'ont mis la puce à l'oreille.

1ere rencontre - Dimanche

La télévision est allumée. Dans un magazine, l'invité est le président de Kusmi Tea qui ouvre sa première boutique en Grande Bretagne. Et là, la phrase : "on voulait dépoussiérer l'image du thé. En effet, le thé est souvent associé à l'image de la mamie qui boit du thé..." ??? Quoi ?? WTF ?? Boire du thé = une mamie qui boit du thé ?? Première fois que j'entends ça. Je me dis tout simplement que c'est une image rétrograde et que visiblement, ce gars là, il ne sait pas de quoi il parle mais bon, si c'est pour créer son buzz à la télé et faire son intéressant, pourquoi pas.

2me rencontre - Mercredi

Au bureau, je vais à la machine à café me chercher de l'eau chaude pour un thé (Lady Grey de Twinings). A côté de moi, deux filles discutent autour du distributeur de la boisson chaude qui se fait faussement appeler "thé" et qui n'est fait que de granulés saturés en sucre avec vaguement un arôme qui te fait croire que le citron ou la menthe entre vraiment dans la composition de ce que tu bois.

- Ah ? tu prends du thé toi ?

- Eh oui, je suis une grand mère, je prends du thé. (pouf pouf, et que je ris de ma blague)

- Ah oui ? Et il est bon celui ci ?

- Il est super bon !

Les bras m'en tombent. 1/ ah bon ? encore cette grand mère ?? et 2/ ce n'est même pas du thé !!

3me rencontre - Jeudi

Toujours à la télé. Je vous parlerais de la télé un de ces jours. C'est une plaie mais en même temps, c'est indispensable. 2eme épisode de la nouvelle série de TF1 : Falco. Le gars a raté la moitié de sa vie parce qu'il était dans le coma. Il se réveille et essaie de reprendre le cours de sa vie. Le pseudo intérêt, c'est le choc culturel qu'il se prend sur les habitudes de la vie d'aujourd'hui : les téléphones portables, l'avènement du mp3, l'ordinateur personnel, l'omniprésence des badges magnétisés dans l'enceinte du bureau, le concept de l'open space, l'interdiction de fumer dans les lieux publics, l'obligation de boucler sa ceinture même à l'arrière de la voiture, facebook, twitter et le reste. Il y a même un gag dans une conversation quand il parle d'une de ces collègues qu'il semble trouver à son goût et son collègue (garçon) qui lui répond : non non, elle, elle préfère ses partenaires avec moins de barbe et plus de poitrine. Et là, notre povr' décalé qui blémit et qui réagit comme si on lui avait annoncé que la fille était cancéreuse. Voilà notre homme des années 90 (on voudrait presque nous faire dire de cro magnon) qui entre dans le bureau de son collègue (garçon).

- Ah ! Mais ça pue !! qu'est ce que ça sent comme ça ?

Et l'autre de lui pointer une tasse : - C'est ça ?

- Berk ! Qu'est ce que c'est ?

Et l'autre, confus : - Euh... c'est drainant et anti oxydant, c'est du Lapsang Souchong...

Et notre cromagnon de s'éloigner un peu moqueur... genre, y'a que les filles pour boire ça...

Fin de la scène.

Mais qu'est ce que c'est que cette image qui colle au thé et à ses consommateurs ? Mamie ? Bonne femme ? C'est pas assez mâle le thé ?

Pourtant, c'est varié, fin (ok, je vous entends d'ici : bonne femme)... Pourtant, l'oenologie, personne ne dit que c'est exclusif aux bonnes femmes, à ce que je sache... Mais les notes boisés et les histoires de fruits rouges et de caramel sur le palais, personne ne dit que c'est une affaire de bonne femme quand même ! Mais le thé, c'est fin donc mamie quoi... Rien compris.

A ce sujet, en discutant avec des amis, on a reconnu que s'il y avait un art pour la dégustation du vin et presqu'autant pour les whiskies, l'art de la dégustation d'autres aliments n'étaient pas aussi développés. Le café, pourtant tant glorifié, n'est pas vraiment cultivé. Les commentaires sont plutôt binaires : c'est bon / c'est pas bon. Dans les restaurants, on prend un café ou on n'en prend pas. Pourtant, il y a des essences de café différentes. On parle d'assemblages de café, d'arabica et de robusta. Mais tout ça reste encore timide. Nespresso essaie de développer les arômes et les palais avec ses capsules mais quel prix à payer pour ça... Il y a quelques stages de dégustation de chocolat parce qu'il n'y a pas un mais des chocolats mais cela reste encore original comme pratique. On pourrait aborder le miel également avec la même optique. Le miel, pour moi, c'est comme le thé. Il m'en faut plusieurs à la maison, parce qu'ils sont tous différents....

Et enfin, le thé. Le thé qui est sorti de son anonymat, qui se démocratise et qui se développe. On trouve maintenant les thés verts, les thés noirs, les blancs et les rouges. Il y a les thés indiens, les thés chinois et les japonais. Cru moins connu mais présent quand même : le thé vietnamien. Le Darjeeling, le Ceylan, l'Earl Grey et les autres variétés venues de l'autre bout du monde. Finalement, dans la pseudo concurrence entre le thé et le café, dans les restaurants qui s'en donne la peine, à la fin du repas, l'amateur de café n'a droit qu'à une seule variété de café, alors que l'amateur de thé a droit de choisir entre plusieurs thés, le summum étant la présentation de la superbe boîte à thé avec des sachets multicolores. Jolie revanche :p

 

 

Tags: 

Ajouter un commentaire